Apprentis d'Auteuil
Sens et Finances - Le journal de la Philanthropie d'avenir
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Prendre le parti des jeunes

Publié le 8/12/2016

Prendre le parti des jeunes

Il est urgent de réinventer, de « réenchanter » notre organisation sociale pour faire, enfin, une place aux jeunes. Antoine Dulin, 32 ans, vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en appelle à un Grenelle de la Jeunesse. Non, la précarisation des jeunes n’est pas une fatalité, elle peut être évitée. Mais la situation se dégrade dans une France qui peine à changer les mentalités.

En France, l’âge moyen d’accès à un emploi stable a beaucoup évolué : en 1972, il se situait à 20 ans, en 1992, à 22,5 ans et aujourd’hui, 28 ans ! Ce qui n’est pas anormal, au regard de l’allongement de la durée de vie et de scolarité. Nos dispositifs sociaux n’ont cependant pas été adaptés à cette évolution. Le système de protection sociale a été fondé sur trois périodes de vie adaptées à l’après-guerre, aux trente glorieuses : enfance et éducation, travail, retraite. On a plus ou moins réussi à y intégrer la problématique du 4e âge (allocation dépendances, établissements spécialisés, etc.), mais pas vraiment celui du « 2e âge » de 16 à 29 ans – toute la période d’acquisition de l’autonomie.

Depuis 30 ans, on empile un mille-feuille de dispositifs qui, d’une part ne résout pas le chômage des jeunes, et d’autre part, nie trop souvent l’aspect social de l’insertion.

Or tout est lié : si un jeune ne peut pas se loger, se soigner, se former en dehors des circuits habituels ; si on ne lui a pas transmis les valeurs primordiales pour son insertion sociale : savoir-être, confiance en soi, expérimentation ; si on ne lui a pas donné une seconde chance après une erreur de parcours scolaire ; alors il restera en difficulté. La Garantie Jeunes qui sera généralisée à partir de 2017 va dans le sens de la garantie d’un droit à l’accompagnement pour les jeunes, en contrepartie d’une allocation du montant du RSA. Mais il reste encore beaucoup à faire !

Sur le marché du travail, les jeunes – dont un quart sont au chômage et près de la moitié dans les quartiers prioritaires – restent toujours une variable d’ajustement. Certains pensent que cela est dû à une inadéquation de notre système de formation, à un marché de l’emploi trop rigide, à des charges trop élevées, … Il y a en effet beaucoup de choses à améliorer de ce côté, pour mieux anticiper les risques de précarisation du parcours des jeunes. Ainsi, le système trop rigide et formaté de l’orientation scolaire des collégiens et lycéens devra être revu dans le sens d’une meilleure personnalisation, ainsi que la mise en place de passerelles plus efficaces entre le système éducatif et le monde du travail. Il est important de veiller au passage vers l’autonomie des jeunes qui ont des fragilités : c’est tout l’enjeu d’une anticipation du « 2e âge ».

RETROUVER LA CONFIANCE

Mais je crois surtout qu’il est essentiel de travailler sur les mentalités : en France, on a du mal à faire confiance aux jeunes. Ils ont besoin d’entendre les institutions éducatives, les entreprises, leurs parents, leur dire : « Tes compétences, ton savoir-être, ton savoir-faire peuvent être utiles à la société », ou comme disait l’Abbé Pierre, « J’ai besoin de toi », plutôt que « Tu n’as pas assez d’expérience ».

Un certain nombre de jeunes perdent aujourd’hui confiance en eux et doutent de la solidarité intergénérationnelle.

Or, la perte d’estime de soi peut avoir des conséquences graves : radicalisation religieuse, vote extrême contestataire… 70% des 18-25 ans ne se rendent jamais aux urnes !

Antoine DulinC’est à un véritable changement de mentalité qu’il faut procéder, que ce soit au niveau des pouvoirs publics, des employeurs, de tous ceux qui sont investis dans l’insertion socio-professionnelle des jeunes – associations, fondations, porteurs de projets, … que les dépenses pour la jeunesse ne soient enfin plus considérées comme un coût mais comme un investissement ! Organisons au début du prochain quinquennat, comme nous l’avons institué sur l’environnement, un Grenelle de la jeunesse ; la question aujourd’hui n’est pas de « laisser la place » aux jeunes, mais de leur permettre réellement de prendre leur place au sein de cette société.

Antoine Dulin,
Vice-président du CESE

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